Discours prononcé dans le cadre de l’examen du projet de loi prorogeant l’état d’urgence

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Ministre de l’Intérieur,
Monsieur le Rapporteur,
Mes chers Collègues,

Après les journalistes, la police et la communauté juive en janvier 2015, après la jeunesse en novembre dernier, après de nouveau la police le 13 juin ce sont les familles les enfants qui ont été les victimes innocentes d’une sauvagerie invraisemblable, d’une barbarie ensanglantant la Promenade des Anglais : lieu de beauté et de culture.

Jamais nous n’aurions pu imaginer même dans nos pires cauchemars ce qui est survenu cette nuit du 14 juillet 2016 : date de notre Fête Nationale et symbole de la République.

En cet instant, mes pensées vont aux 84 morts, 200 blessés, à leurs familles et leurs proches tellement dignes, à toutes ces victimes du drame choquées, traumatisées qui ont vu la mort en face, à ces témoins courageux qui ont tout tenté pour stopper le camion fou.

Je voudrai remercier individuellement tous les personnels de secours, les forces de police nationale, municipale et de gendarmerie, les pompiers, les médecins et personnels médicaux, psychologues, les personnels municipaux qui ont été exemplaires dans leur devoir de solidarité et de sécurité.

Enfin, les Niçoises et les Niçois qui, après ce drame, unis et solidaires, j’en suis convaincue, surmonteront cet outrage sans pour autant jamais rien oublier de cette nuit d’horreur en souvenir de ces familles décimées mais en continuant à vivre, en restant droit, en ne renonçant pas, en relevant l’oriflamme de nos valeurs.

Mais le peuple de Nice est en colère, il faut l’entendre, il faut le savoir et le peuple a raison : on ne peut pas continuer à faire des hommages, des minutes de silence et déposer des fleurs qui deviennent une sorte de liturgie d’une République qui accepte d’être haïe et attaquée régulièrement pour ce qu’elle est. Les Niçois, les Français n’arrivent plus à prendre sur eux. Ils ont le droit à la vérité. L’enquête le dira et je me refuse à polémiquer par esprit de responsabilité.

Les querelles des uns et des autres doivent cesser car cela discrédite encore plus une classe politique déjà bien malmenée par nos concitoyens excédés, révoltés et qui demandent plus de sécurité et de protection.

Ces petites phrases et chikayas ne sont pas à la hauteur des enjeux et l’enjeu est de savoir comment mieux protéger avec efficacité les Français et comment restaurer, sceller la cohésion nationale.

Nous sommes dans une guerre totale qui va durer, qui est une guerre contre la paix, une guerre contre la liberté. Une guerre ouvertement déclarée à ce que nous sommes et que nous ne gagnerons que si nous nous montrons plus forts que ceux qui veulent nous détruire.

C’est la raison pour laquelle ce qui compte plus que jamais après ce nouveau drame c’est l’avenir, c’est mettre fin à cette stratégie incohérente en matière de terrorisme.

En subissant au lieu d’agir, en étant trop souvent dans la parole et pas assez dans les actes, en discutant pendant 6 mois sur la déchéance de nationalité, sur la constitutionnalisation de l’état d’urgence que nous allons voter pour la 4ème fois, au final, tout cela était-ce bien utile ? L’état d’urgence dont le terme a été officiellement annoncé le 14 juillet à midi, comme si tout danger était soudainement écarté, a été reconduit dans la nuit du 14.

L’état d’urgence qui était censé être relayé par le droit commun s’avère à nouveau nécessaire. Il est devenu quasi-permanent malgré 7 textes liés à la sécurité votés depuis 2012.
Il faut certes une réponse juridique, il faut évidemment une réponse policière, une réponse militaire, mais il faut aussi et surtout une réponse morale et culturelle. Une remise en cause de notre société, de cette « forme d’humanisme compassionnel désastreux, qui a irrigué les consciences politiques, de gauche comme de droite » qui a conduit la république française à renoncer à tous les principes fondamentaux de laïcité qui sont le ciment de l’union nationale.
Il faut changer notre logiciel de pensée.

La capacité de résilience nationale s’érode au fil des attentats et les Français s’inquiètent de l’impuissance des pouvoirs publics.
Le risque zéro n’existe certes pas, mais nous ne pouvons accepter l’idée qu’on ne peut pas faire mieux pour protéger nos concitoyens.

Il faut bien sûr davantage de policiers, de gendarmes, de magistrats et de gardiens de prison, mais cela passe aussi par la mise en application du rapport de la commission d’enquête de nos collègues Fenech et Pietrasanta.

Il faudra des réponses législatives. Dans l’immédiat, en votant le projet de loi qui nous est soumis, amendé et renforcé par la commission des Lois du Sénat et porté par notre collègue Michel Mercier.

Mais, si l’état d’urgence doit être reconduit, il faut que ce soit réellement utile et efficace.
Il faut que les pouvoirs de l’administration – ministre de l’intérieur, préfets, police – pendant l’état d’urgence soient accrus.

Il faut y intégrer de nombreuses dispositions qui ont été adoptées par le Sénat et qui n’ont pas pu être reprises faute d’accord avec l’Assemblée nationale. Notamment la création d’un délit de séjour sur une zone à l’étranger où opèrent des groupes terroristes, ou encore la création d’une circonstance aggravante en cas d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Nous sommes donc prêts à reconduire l’état d’urgence pour 6 mois, mais à condition que ses mesures soient renforcées.

Il faut des réponses concrètes. Pas seulement liées à l’immédiateté de la situation.
Il faut combattre sans concession la petite délinquance, dont le lien avec le terrorisme n’est plus à établir. Il existe un parcours du terroriste. C’est un fait.

Cela veut dire qu’il faut aussi renforcer les procédures de droit commun, rompre avec le laxisme et l’impunité. Supprimer la contrainte pénale, rendre effective l’exécution des peines, rétablir les peines plancher et accroitre les peines en cas de récidive.

Mais aussi cesser de transiger avec toute forme de communautarisme. Exclure par la loi toute manifestation d’islamisme radical.

Enfin, et c’est sans doute là qu’une vraie volonté politique s’impose : dans l’éducation des jeunes générations.
Il faut reconquérir les esprits. Oser faire le constat de l’échec patent d’un système scolaire qui, par amour de la différence, fabrique l’exclusion !

Il faut revenir sur la dernière réforme du collège, qui préconise l’apprentissage des langues d’origine à l’école primaire.

Il faut renouer avec la fierté d’être français. Réapprendre à nos enfants un récit national.

Mais il faudra également faire savoir que les règles de la République ne peuvent faire l’objet ni d’accommodement ni de transaction.

« Nul ne naît fanatique, nous dit Edgar Morin. Il peut le devenir progressivement s’il s’enferme dans des modes pervers ou illusoires de connaissance. »

Voilà la clé qui nous permettra de gagner cette guerre.

Je vous remercie.